13 écrivaines finlandaises contemporaines à lire

Nous avons demandé à des experts du livre de nous conseiller des écrivaines finlandaises contemporaines. La sélection d’auteures que nous avons pu ainsi établir met l’accent sur un titre en particulier de chacune d’elles, d’où la possibilité pour le lecteur d’aborder l’œuvre de ces écrivaines.

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Ces dernières années ont vu plus de livres d’écrivaines finlandaises se publier de par le monde que jamais.

Nous avons consulté des bibliothécaires et des associations de promotion de la littérature pour établir une liste d’auteures finlandaises contemporaines remarquables. Tandis que le parcours littéraire de certaines d’entre elles couvre déjà à ce jour plusieurs décennies, d’autres se sont fait connaître plus récemment avec un premier livre devenu un succès de librairie.

Pour chacune des écrivaines dont il est question dans cet article, nous avons fait le choix de signaler au moins un ouvrage. Dans un souci de présenter une bibliographie plus resserrée, nous nous sommes limités aux livres publiés depuis 2005 environ, et d’autre part déjà disponibles à ce jour au moins en anglais, même si les livres que nous citons ont souvent fait l’objet de traductions dans de nombreuses autres langues. À l’exception d’une des auteures, tous les titres qui suivent ont été publiés à l’origine en finnois ou en suédois, les deux langues ayant statut de langues officielles en Finlande.

Inger-Mari Aikio

Photo: Jaime Mejía

Écrivaine et traductrice, Inger-Mari Aikio écrit en langue sámi du Nord, l’un des idiomes dans lesquels s’exprime la population autochtone sámi de Laponie, dont le territoire couvre le nord de la Finlande, de la Suède et de la Norvège, sans oublier une bande de terre située côté russe ; à noter par ailleurs que trois des différents dialectes sámi se parlent en Finlande du Nord, où ils ont statut de langues officielles.

Les écrits d’Aikio illustrent l’authentique identité sámi à travers des thèmes comme la différence culturelle et le genre. Son anthologie de poésie bilingue sámi du Nord-finnois parue en 2014 sous le titre Beaivváš čuohká gaba / Aurinko Juo Kermaa compile des vers ayant pour source d’inspiration commune la nature et dont la forme n’est pas sans rappeler les haïkus japonais, le principe de ce recueil étant par ailleurs de faire figurer les deux versions linguistiques des poèmes côte à côte. Pour que les lecteurs non-finlandais puissent eux aussi bénéficier de ce même procédé de va-et-vient entre deux langues, l’ouvrage a donné lieu à une traduction allemand-anglais publiée en 2018 sous le double titre Sahne für die Sonne / Cream for the Sun.

Né de la collaboration entre l’auteure et le musicien Miro Mantere, un album destiné à accompagner ces poèmes est disponible sur Spotify : Aikio y lit une sélection de poèmes en langue sámi du Nord tandis que Mantere chante des passages en finnois sur fond de musique instrumentale et de sons enregistrés en pleine nature.

Monika Fagerholm

Couverture Schildts & Söderströms; Photo: Stefan Bremer/Teos

Monika Fagerholm est une écrivaine finlandaise d’expression suédoise dont les livres ont été plusieurs fois récompensés par des prix littéraires. Son troisième roman publié en français en 2007 sous le titre La Fille américaine (titre d’origine Den amerikanska flickan, sorti en 2004) raconte l’histoire d’une jeune fille originaire de Coney Island qui disparaît purement et simplement à son arrivée à Helsinki dans les années 1970. Cette énigme policière qui se double d’une réflexion d’une grande sensibilité sur l’amitié féminine a valu à son auteure le prix littéraire suédois August en 2005. À noter par ailleurs que le deuxième volet de cette histoire est paru en traduction française en 2012 sous le titre La Scène à paillettes (Glitterscenen, 2009).

Elina Hirvonen

Photo: Jarkko Virtanen/Teos; couverture: Teos

Le premier roman de la journaliste, écrivaine et documentariste Elina Hirvonen est paru en 2009 dans sa traduction anglaise intitulée When I Forgot (titre finnois : Että hän muistaisi saman, sorti en 2005) : c’est l’histoire d’une journaliste qui se penche sur sa vie au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. Ce roman d’une délicatesse extrême analyse dans le détail le travail d’exploration mémorielle auquel se plie la narratrice. Hirvonen a publié depuis d’autres romans parallèlement à son activité de réalisation de documentaires.

Emmi Itäranta

Couverture: Teos; photo: Heini Lehväslaiho/Teos

Emmi Itäranta a mis la touche finale à son premier roman Fille de l’eau (traduction française publiée en 2015, titre finnois d’origine Teemestarin kirja, 2012) pendant qu’elle préparait sa maîtrise de lettres en écriture créative à l’Université du Kent en Angleterre. Après avoir entamé la rédaction de son roman en anglais tout en traduisant son texte en finnois au fur et à mesure, elle a terminé son processus d’écriture en menant de front la version anglaise et finnoise. Fille de l’eau est une histoire de passage à l’âge adulte qui se situe dans un monde futur confronté à une pénurie grandissante d’eau douce. Tandis que les critiques ont comparé Itäranta à Margaret Atwood, son roman s’est vu décerner en 2012 le prix Aleksis Kivi du premier roman et en 2013 le prix littéraire Kalevi Jäntti, une récompense instituée pour distinguer les jeunes auteurs prometteurs.

Katja Kettu

Photo: Ofer Amir/WSOY

Katja Kettu est chroniqueuse et réalisatrice de films d’animation ; elle a signé par ailleurs le roman La Sage-femme (traduction française parue en 2014 à la suite de la sortie du titre d’origine Kätilö en 2011). Inspiré par la vraie vie de ses grands-parents, le roman historique de Kettu retrace l’histoire d’amour passionnée que vivent au cours de la Seconde Guerre mondiale une sage-femme établie dans un coin perdu de Laponie et un officier allemand.

Rosa Liksom

Photo: Pekka Mustonen/WSOY

Artiste visuelle, illustratrice et écrivaine, Rosa Liksom a reçu en 2011 le prestigieux prix Finlandia pour son ouvrage Compartiment n° 6 (traduction française parue en 2013 après publication du titre d’origine Hytti nro 6, 2011). Les écrits de Liksom se penchent de façon récurrente sur le parallèle entre vie urbaine et réclusion pour en pointer les différences. Sorte d’ode à une Union soviétique en voie de disparition, Compartiment n° 6 donne à vivre l’histoire d’une jeune fille qui monte dans un train à destination de l’est pour fuir l’échec amoureux qu’elle vient de connaître à Moscou.

Laura Lindstedt

Photo: Jarkko Mikkonen/Teos

Le deuxième roman de Laura Lindstedt Oneiron (2018 pour la traduction française, livre paru sous le même titre en finnois en 2015) a valu à son auteure le prix Finlandia 2015. Dans ce livre, Lindstedt combine de façon expérimentale les modes d’écriture, passant notamment de la poésie à l’essai pour examiner l’idée de vie après la mort. Elle y retrace l’histoire de sept femmes qui, sans se connaître, se trouvent réunies dans un espace où la notion de temps est abolie. Ensemble, elles reconstituent les pièces du puzzle de leur vie pour essayer de cerner les événements ayant mené à leur mort. En raison de l’histoire complexe que développe ce roman, Lindstedt a mis huit ans pour aller au bout de son processus d’écriture. Son livre a été salué par la critique dans de nombreux pays d’Europe et d’ailleurs.

Ulla-Lena Lundberg

Photo: Cata Portin/Schildts & Söderströms; couverture Schildts & Söderströms

Ulla-Lena Lundberg publia dès l’âge de 15 ans sa première anthologie de poésie. Depuis, cette Finlandaise de langue maternelle suédoise a signé des ouvrages de fiction où elle décrit les différents lieux où elle a vécu, notamment l’endroit où elle est née, la petite municipalité de Kökar dans les îles d’Åland, archipel finlandais autonome situé en pleine Baltique à mi-chemin entre la Finlande et la Suède ; parmi les autres endroits de la terre où se passe l’action de ses livres figurent le Botswana, la Zambie, le Kenya, la Tanzanie et la Sibérie. Son roman Ice (traduction anglaise de 2016 du titre d’origine Is, paru en 2012) a été distingué par le prix Finlandia 2012 : sur fond d’années post-Deuxième Guerre mondiale dans les îles d’Åland, le livre raconte l’histoire d’un pasteur qui tombe amoureux du mode de vie propre à ces îles situées à l’écart de l’agitation du monde. L’Opéra national de Finlande a adapté ce roman à la scène lyrique, d’où un opéra dont la première représentation publique a eu lieu en janvier 2019.

Sofi Oksanen

Photo: Toni Härkönen

Née en Finlande d’un père finlandais et d’une mère estonienne, Sofi Oksanen est romancière et chroniqueuse culturelle ; en tant que telle, elle a écrit de façon approfondie sur les droits des femmes, la liberté d’expression et l’immigration. Traduite dans plus de 40 langues, Oksanen est l’auteur finlandais vivant le plus vendu au monde. Purge (2010 pour la traduction française après parution en 2008 du titre d’origine Puhdistus), son roman le plus connu, retrace en détail la vie de plusieurs femmes estoniennes membres d’une même famille entre les années 1930 et 1990. Un autre roman d’Oksanen paru en français en 2016 sous le titre Norma (titre d’origine identique, publié en 2015) raconte l’histoire d’une maman et de son combat pour protéger le secret surnaturel de sa fille.

Riikka Pulkkinen

Photo: Jouni Harala; couverture: Otava

Ancienne athlète professionnelle, Riikka Pulkkinen a écrit des romans aujourd’hui traduits dans près de 20 langues. Son deuxième roman publié en France en 2012 sous le titre L’Armoire des robes oubliées (titre d’origine Totta, paru en 2010) met en scène trois femmes de générations différentes dont la plus âgée est atteinte d’un cancer en phase terminale. D’une particulière délicatesse d’écriture, cette histoire est parsemée d’observations d’une grande sensibilité sur la famille, le genre et la mort.

Salla Simukka

Photo: Hanna Poropudas; couverture: Tammi

Traductrice, critique littéraire et écrivaine, Salla Simukka est essentiellement connue pour sa trilogie de romans à suspense pour la jeunesse comptant les titres traduits en français Rouge comme le sang (2014 pour l’édition française, titre finnois d’origine Punainen kuin veri, paru en 2013), Blanc comme la neige (paru en 2015 en France, titre d’origine Valkea kuin lumi, 2013) ainsi que Noir comme l’ébène (2015 pour la traduction française, titre d’origine Musta kuin eebenpuu, 2014). Dans ces trois livres, la romancière s’attache à suivre la vie d’une adolescente vivant à Tampere, grande ville de Finlande centrale de l’Ouest, qui s’échappe de chez elle après qu’un personnage mêlé à un trafic de drogue à ramifications internationales se soit mis à la traquer. L’écriture de Simukka lui a valu d’être comparée sur le plan stylistique à Jo Nesbø et à Stieg Larsson.

Anja Snellman

Photo: Jouni Harala/New Terrain Press

Anja Snellman, chroniqueuse, présentatrice de télévision et romancière, affiche un parcours littéraire jalonné de 24 romans répartis sur trois décennies, son œuvre étant à ce jour traduite dans 20 langues. Le premier livre de Snellman à faire l’objet d’une édition anglaise, Pet Shop Girls (2013, titre d’origine Lemmikkikaupan tytöt, 2007), raconte l’histoire d’une adolescente qui disparaît : cette histoire à suspense se révèle particulièrement perspicace dans son illustration des relations mère-fille.

Maria Turtschaninoff

Photo: Karin Lindroos/Schildts & Söderströms; couverture: Schildts & Söderströms

Maria Turtschaninoff écrit des romans de fantasy en suédois, par exemple la série des Chroniques de l’Abbaye Écarlate (titre d’origine Krönikor från Röda klostret), dont le roman Maresi publié en 2017 en français (titre identique pour l’édition d’origine, 2014), suivi de Naondel, sorti en 2017 dans les pays anglophones (même titre suédois, 2016). Avec leur action ayant pour cadre une abbaye isolée où ne vivent que des femmes, ces deux livres associent féminisme et mythologie. Turtschaninoff a reçu en 2014 le prix Finlandia du jeune roman dans la catégorie Littérature pour la jeunesse pour Maresi. À l’heure où nous écrivions ces lignes, la société de production britannique Film4 était en train de réaliser l’adaptation cinématographique de ce livre.

La Journée internationale des femmes se célèbre tous les ans le 8 mars.

Par Tabatha Leggett, février 2019

Nos remerciements pour leurs suggestions au Conseil sámi, à la Société de littérature suédoise en Finlande, à l’organisme de promotion et d’exportation de la littérature finlandaise FILI et au service de conseils de lecture Ask a Librarian du site Libraries.fi.

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