L’école finlandaise

Clé de la réussite du pays

Découvrez les points forts et spécificités du système éducatif finlandais, mondialement réputé et salué pour sa qualité.

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Bestnoten für Bildung: Das finnische Sprach- und Literaturlehrbuch ist nach dem berühmten Autor, Aleksis Kivi (1834-1872), benannt.

Testé et approuvé : la formation finlandaise plaît aux premiers concernés. Le manuel de langue et littérature finnoise porte le prénom du célèbre écrivain Aleksis Kivi (1834-1872).Photo: Lehtikuva

Mis en évidence par l’étude comparative PISA menée par l’OCDE, les bons résultats de la Finlande soulèvent beaucoup d’intérêt au plan international.

Une formation gratuite et de haut niveau garantie pour tous

L’un des points forts les plus remarquables du système éducatif finlandais est qu’il garantit à tous une égalité d’accès aux études, ce indépendamment de l’origine sociale et des moyens financiers des uns et des autres. Plutôt que mettre l’accent sur la comparaison et la mise en concurrence des élèves, l’école élémentaire finlandaise s’attache à soutenir et à guider les élèves en tant qu’individus.

Les enseignants disposent d’un haut niveau de formation. A tous les niveaux du système éducatif, il leur est demandé d’avoir satisfait à un cursus correspondant à un master où les sciences de l’éducation entrent pour une large part, de même qu’ils doivent attester de leurs compétences dans les matières qu’ils se proposent d’enseigner. Au demeurant, le métier d’enseignant jouit d’une grande reconnaissance et est une filière professionnelle recherchée.

L’équilibre psychologique et le sentiment de sécurité des jeunes écoliers se trouvent d’autant plus renforcés que c’est un seul et même maître qui leur apprend la totalité des matières scolaires, ou à défaut la plupart de celles-ci. L’enseignant veille par ailleurs à ce qu’un bon esprit règne au sein de la communauté des élèves, tout en faisant attention à ce que personne ne se retrouve exclu du groupe ou victime de harcèlement. La notation des résultats scolaires ne commence en général qu’à partir de la cinquième année du cycle pédagogique. A toutes les étapes du parcours scolaire, les relations entre enseignants et enseignés sont à la fois décrispées et chaleureuses, dès lors que dans le système éducatif finlandais, la motivation des élèves repose sur l’incitation.

Passée l’étape de l’école élémentaire, tout Finlandais a la faculté de s’orienter vers des études générales ou une formation professionnelle tenant compte de ses centres d’intérêt et de sa pente naturelle, ainsi que de poursuivre ses études de toutes les façons possibles tout au long de sa vie. Il faut noter par ailleurs que plus d’un quart des Finlandais obtiennent actuellement un diplôme de l’enseignement supérieur.

L’accès au savoir est gratuit en Finlande, de l’école élémentaire jusqu’aux établissements d’enseignement supérieur. Le financement du système éducatif par la fiscalité est un gage de son haut niveau, comme de l’égalité des chances dont doivent bénéficier tous les élèves et étudiants.

L’école finlandaise incite les élèves à se documenter, à penser et à travailler par eux-mêmes.Photo: Ministère de l’education et de la culture/L.Takala

Les jeunes Finlandais obtiennent parmi les meilleurs classements de l’étude PISA

Résultats de la Finlande

2009

2006

2003

2000

Aptitudes en lecture
Pays de l’OCDE2211
Ensemble des participants3211
Aptitudes en mathématiques
Pays de l’OCDE2114
Ensemble des participants6224
Connaissances scientifiques
Pays de l’OCDE1113
Ensemble des participants2113
Résolution de problèmes
Pays de l’OCDE2
Ensemble des participants2

La Finlande se classe dans le peloton de tête de toutes les études PISA de l’OCDE menées depuis 2000 à trois ans d’intervalle. L’étude mesure les aptitudes de collégiens de 15 ans en lecture, mathématiques et sciences de la vie. Il est particulièrement intéressant de noter que les différences de niveau entre élèves des différents lycées concernés sont peu importantes et que le niveau de connaissances s’équivaut en qualité quel que soit le type d’établissement d’enseignement.

« L’éducation est un gage de sécurité pour une petite nation »*

* citation de J.V. Snellman (1806-1881), philosophe, universitaire, journaliste et homme politique finlandais qui joua un rôle déterminant dans l’émergence de l’identité nationale finlandaise.

Les enfants finlandais commencent l’école relativement tard, à 7 ans. Les principes pédagogiques finlandais veulent que les enfants puissent grandir et se développer sereinement.

Les enfants finlandais commencent l’école relativement tard, à 7 ans. Les principes pédagogiques finlandais veulent que les enfants puissent grandir et se développer sereinement.
Photo: Amanda Soila

Dans le monde d’aujourd’hui, aucun pays n’est en mesure de tirer son épingle du jeu si sa population n’est pas formée et compétente. La montée en puissance de la société finlandaise jusqu’à figurer dans la seconde moitié du 20ème siècle parmi les pays les plus prospères du monde, tient largement à la volonté de la population finlandaise de s’éduquer ainsi qu’aux investissements réalisés en matière de formation.Dès le 19ème siècle, de grandes décisions furent prises en Finlande, notre système éducatif d’aujourd’hui et les réussites qui en ont découlé s’inscrivant dans le droit fil de ces premières orientations. Peu favorisée du point de vue des ressources naturelles, la Finlande fit le choix de donner une formation à sa population tout entière, ce qui permit d’éviter la scission de la société entre une élite ayant fait des études et une classe populaire inculte. La volonté d’apprendre des citoyens a également été stimulée par la foi largement répandue dans les bienfaits de l’éducation : ainsi, on commença à considérer comme normal d’être bien informé des affaires du monde comme de celles du pays, ainsi que des questions de société.

La formation, seule solution aux importants problèmes posés par la globalisation

Les défis qui se posent à la société, tels que le changement climatique, les hauts et les bas de l’économie globale, le vieillissement de la population, les risques induits par les technologies et les grandes migrations de populations, imposent aux différentes parties prenantes un dynamisme nouveau et une remise en cause des schémas jusqu’ici communément admis. On note aujourd’hui, tant en Finlande qu’ailleurs dans le monde, que l’émergence d’une information pléthorique et un accroissement des mouvements migratoires représentent de nouveaux défis pour l’éducation traditionnelle. Même de haut niveau, tout système éducatif se doit de se développer et de se renouveler en permanence si l’on souhaite maintenir un niveau d’excellence : mieux une population est formée, meilleures seront ses chances de faire face aux problèmes complexes liés au monde d’aujourd’hui.

« L’éducation est la pierre angulaire de la démocratie et d’une société moderne »

« L’explication du haut niveau du système éducatif finlandais tient clairement à notre vision nationale selon laquelle ce sont les citoyens qui sont la ressource la plus précieuse d’un pays, d’où il découle qu’ils ont le droit à un enseignement de qualité », synthétise Jorma Kauppinen, directeur du Département Education générale à la Direction générale de l’enseignement.

La journée scolaire des jeunes finlandais est plus courte que dans la plupart des pays de l’OCDE, ce qui ne diminue en rien l’efficacité au travail.Photo: Ministère de l’education et de la culture/Liisa Takala

Sur le budget de l’Etat et des communes, 11 à 12% va à la formation, ceci permettant de financer, sur la base de la gratuité, l’école primaire, élémentaire, le lycée, la formation professionnelle, l’enseignement supérieur, la formation complémentaire et continue et de soutenir les écoles privées. Il en résulte un cycle de formation tout au long de la vie au service de toute personne vivant en Finlande.

« La mise en place de l’école publique a été liée à l’émergence d’un fort sentiment d’identité nationale, coïncidant avec une montée des besoins en établissements scolaires et en formation des habitants, avec une demande pour une culture basée sur l’écrit », observe Kauppinen.

La plupart des communes finlandaises étaient déjà dotées d’établissements d’enseignement public au début du 20ème siècle. En 1921 fut adoptée la loi sur la scolarité obligatoire, qui obligea tous les enfants à effectuer une scolarité primaire et secondaire d’au moins 6 ans.

C’est dans les années 1970 que se produisit une mutation très importante, avec le remplacement de l’école élémentaire et secondaire publique par l’école élémentaire gratuite, laquelle relevait désormais pour l’essentiel du ressort des communes. Par la même occasion, la scolarité obligatoire fut portée à 9 ans. Cette réforme scolaire eut pour but de garantir un enseignement élémentaire égalitaire et gratuit à tous les enfants, indépendamment du lieu de résidence et du profil socioéconomique de leur famille.

Le jeu et l’attention portée à l’enfant préparent celui-ci à l’école

L’école débute relativement tard en Finlande, soit à l’âge de 7 ans. Les principes éducatifs finlandais veulent que l’enfant puisse grandir et se développer calmement. L’enseignement met à profit les domaines où l’enfant fait preuve d’une sensibilité particulièrement éveillée, tout en s’employant à former les écoliers à penser et à créer par eux-mêmes. Pendant les toutes premières années, les familles sont informées verbalement du travail scolaire de leur enfant.

Dans leurs toutes premières années, les enfants bénéficient de l’attention que leur portent leurs parents et s’entraînent collectivement à pratiquer des jeux, des exercices physiques et des activités extérieures en fréquentant le jardin d’enfants. Quant aux parents d’enfants en bas âge, la loi leur garantit de longs congés paternels et maternels, ou autres types de congés parentaux. Les familles ont également la faculté de choisir d’inscrire leur enfant en jardin d’enfants dans des établissements privés, ou de les faire prendre en charge par une puéricultrice habilitée à recevoir de petits groupes d’enfants à son domicile. Quant aux enfants de 6 ans, il leur est proposé un enseignement primaire gratuit, soit dans le cadre d’une école, soit en jardin d’enfants. En pratique, quasiment tous les enfants finlandais de 6 ans suivent l’enseignement primaire.

Si besoin est, la maturité des enfants peut faire l’objet d’une évaluation par tests, et ils peuvent être autorisés à commencer l’école un an avant les autres enfants du même âge, ou parfois un an après.

Le principe de l’école de proximité et la culture de la confiance conduisent à une école de qualité

La Finlande compte environ 3000 écoles élémentaires totalisant quelques 550.000 élèves. En pratique, ce sont les communes qui ont la charge de l’organisation de l’enseignement. L’une des conclusions les plus significatives de l’étude PISA est que les différences de niveau qui s’observent entre les différents établissements scolaires finlandais sont parmi les plus réduites de tous les pays étudiés.

« Ceci s’explique par le principe de l’école de proximité, le haut niveau de formation des enseignants ainsi que la culture de la confiance », résume Jorma Kauppinen.

Le principe de l’école de proximité signifie que pratiquement tous les enfants et adolescents sont appelés à fréquenter un établissement scolaire situé à proximité de leur domicile : ainsi est-il possible d’éviter un phénomène de marginalisation dont l’origine tiendrait au statut social des familles. Dès lors qu’ils peuvent faire confiance au niveau d’études quelle que soit l’école fréquentée par leurs enfants, les parents sont en général satisfaits de l’école de proximité, et on n’a pas vu apparaître d’écoles privées élitistes qui seraient venues concurrencer les écoles élémentaires communales. Cependant, il existe bien un certain nombre d’établissements privés soumis à autorisation administrative, qui bénéficient elles aussi d’un financement de la part de l’Etat, tout en étant tenues d’appliquer les lignes directrices du projet pédagogique national et d’accepter comme élève tout enfant relevant de leur ressort géographique.

Par ailleurs, les communes financent le transport scolaire aux enfants dont le lieu de résidence est éloigné au point de leur interdire le trajet à pied, ou à ceux d’entre eux dont le trajet du domicile à l’école impliquerait un temps trop long passé dans les transports en commun.

Les enseignants ont toute liberté d’enseigner selon la méthode de leur choix

La formation des maîtres comprend à la fois une formation aux méthodes pédagogiques et le développement approfondi des compétences dans les matières qu’ils sont appelés à enseigner. Même si le projet et les objectifs pédagogiques font l’objet d’une définition au niveau national, l’enseignant dispose de la liberté d’enseigner dans sa classe selon la méthode de son choix.

« Le pouvoir a été délégué aux communes, aux écoles et en dernier ressort à chaque enseignant, en sachant que tous les échelons de la Direction générale de l’enseignement fonctionnent en interactivité et en toute transparence les uns par rapport aux autres. La culture de la confiance naît du fait que les enseignants sont des spécialistes indépendants, tout à la fois au courant des besoins et des possibilités de leurs propres élèves et respectueux des objectifs communs », observe Kauppinen.

Les matériels pédagogiques de haut niveau tiennent une place importante au sein du travail scolaire au jour le jour. Même si l’aire linguistique finnoise n’est que peu étendue, sans compter la faible importance numérique de la minorité suédophone de Finlande, les pouvoirs publics n’en font pas moins l’effort d’investir dans les manuels scolaires et autres matériels pédagogiques ; outre les matériels imprimés, un nombre croissant d’informations est aujourd’hui à la disposition des élèves en ligne ou sous forme virtuelle.

Kauppinen estime que l’institution scolaire devra relever les défis de l’avenir à travers un dialogue et le développement d’une coopération entre l’école et la société.

Si nécessaire, les élèves bénéficient de mesures de soutien ou travaiillent par petits groupes.Photo: Amanda Soila

Le haut niveau de formation des maîtres garantit le bon niveau de l’enseignement

Tous les enseignants titularisés en charge de l’enseignement élémentaire sont diplômés de l’enseignement supérieur. Dans les petites classes de l’enseignement élémentaire (soit entre la première classe et la sixième, selon l’échelle finlandaise), les maîtres sont en général chargés d’enseigner l’ensemble des matières. Ils sont titulaires d’un master en sciences de l’enseignement, avec spécialisation en méthodes pédagogiques. Au collège ainsi qu’au lycée, les professeurs enseignent spécifiquement la matière pour laquelle ils ont été formés et dont ils sont diplômés, leurs études les ayant en ce cas menés jusqu’à un master assorti d’une spécialisation en sciences éducatives.

Quant aux animateurs et animatrices de jardins d’enfants et aux enseignants des écoles primaires, ils sont eux aussi diplômés de l’enseignement supérieur.

Les cycles de formation aux métiers de l’enseignement sont extrêmement demandés, et la filière de l’enseignement jouit d’une haute estime publique, même si le niveau de rémunération des enseignants est relativement peu élevé.

Etudier à tous les stades de la vie

Dès l’école primaire, les écoliers sortent pour la récréation, ce quelle que soit la météo.

Dès l’école primaire, les écoliers sortent pour la récréation, ce quelle que soit la météo.Photo: Amanda Soila

Les Finlandais ont accès gratuitement à la formation tout au long de leur vie, depuis l’école élémentaire jusqu’aux examens du niveau le plus élevé des établissements de formation supérieure.

Les enfants et adolescents finlandais sont tenus d’effectuer leurs études élémentaires afin de satisfaire à la législation relative à la scolarité obligatoire. L’obligation d’études prend fin une fois que l’on a suivi l’ensemble du cursus de 9 ans correspondant à la formation élémentaire, ou au plus tard lorsqu’on atteint l’âge de 16 ans.

A la sortie de l’école élémentaire, la moitié des adolescents continuent d’étudier au lycée, les lycéens se composant de 60% de filles environ, pour à peu près 42% de garçons. Le lycée implique des études de 2 à 4 ans, période à l’issue de laquelle les lycéens passent leur baccalauréat.

La moitié de chaque classe d’âge choisit de poursuivre la scolarité dans un établissement d’enseignement professionnel, tandis qu’environ 5% des jeunes ayant achevé leurs études élémentaires ne poursuivent pas leurs études. Cependant, l’objectif des pouvoirs publics reste que tous les jeunes passent après leurs études secondaires au minimum un examen correspondant à un deuxième cycle d’études, à savoir un baccalauréat ou un examen de fin d’études en lycée professionnel.

Après le lycée, les étudiants peuvent s’inscrire dans les universités et écoles supérieures ou dans les établissements supérieurs d’enseignement professionnel. En général, il est tenu compte pour leur orientation des notes et mentions qu’ils ont obtenues au baccalauréat ou à leur examen de fin d’études en lycée professionnel ; en outre, un examen d’entrée est prévu pour de nombreuses filières. Les universités et écoles supérieures accueillent également des étudiants ayant effectué un examen de fin d’études professionnelles à l’issue d’un cycle d’au moins 3 ans, ou autre formation équivalente. Autrement dit, il existe des passerelles pour passer des instituts de formation professionnelle à l’Université ou autres écoles supérieures, le principe étant qu’aucun cursus de formation ne se termine en impasse. Il est donc possible de poursuivre sa formation jusqu’à des études du plus haut niveau tout en étant initialement passé par la formation professionnelle.

Ceux qui ont achevé leur formation professionnelle et qui ont déjà commencé à exercer leur profession peuvent bénéficier d’une formation continue ou complémentaire, ou encore reprendre des études qui les prépareront à une tout autre profession. Dans de nombreux secteurs professionnels, il est possible de suivre des cours en marge de son travail, en ayant recours aux formules de formation en alternance. Quant à ceux qui se sont formés sur le tas dans la vie active, ils peuvent valider leurs acquis par le biais d’un examen d’équivalence spécifiquement prévu à cet effet.

L’Etat et les communes soutiennent largement entre autres l’enseignement artistique de base pour les enfants et les adolescents, de même que les études de culture générale en candidat libre, grâce auxquelles tout un chacun a la faculté d’accroître ses connaissances générales ou ses aptitudes pratiques ou d’approfondir divers sujets de société, ce quel que soit son âge.

L’interactivité positive aide à devenir adulte

 La journée de classe commence le matin au plus tôt à 8h30 pour se terminer à 15h30 au plus tard.

La journée de classe commence le matin au plus tôt à 8h30 pour se terminer à 15h30 au plus tard. Photo: Ministère de l’education et de la culture/Liisa Takala

En ce début de journée au collège de Meilahti, à Helsinki ouest, les élèves se pressent autour de leurs casiers avant d’entrer en classe. De nombreux jeunes qui circulent en tous sens se lancent un « Hei » (« Salut ! ») joyeux, saluant de la même façon leur proviseur Ritta Erkinjuntti, dont le bureau communique avec le hall du collège et dont la porte est grande ouverte.

« Professeurs et élèves sont libres de venir me voir chaque fois que ma porte est ouverte ; du reste, elle l’est pratiquement tout le temps », nous dit Mme Erkinjuntti.

Comme dans tous les établissements scolaires finlandais, l’ambiance au collège est décontractée et tolérante, et les relations entre enseignants et élèves sont à la fois empreintes de respect et naturelles. Les adolescents appellent les professeurs par leurs prénoms, et l’enseignement prend la forme de libres conversations.

« L’enseignement se base sur l’incitation, la participation et l’interactivité. Nous attendons des élèves un rythme soutenu, mais sans faire pression sur eux, ni les menacer ou leur imposer des exigences », poursuit le proviseur.

Riitta Erkinjuntti est à la tête d’un des collèges de la ville d’Helsinki situé dans le quartier de Meilahti, à l’ouest du centre ville. Le collège scolarise environ 350 élèves qui se répartissent entre la septième et la neuvième classe du cours élémentaire supérieur, l’âge de ces adolescents allant de 13 à 16 ans. Outre les classes du collège proprement dites, l’établissement propose des classes où l’enseignement insiste sur les matières artistiques, en l’occurrence les beaux-arts et la musique, mais aussi un groupe d’études bilingue finnois-chinois ainsi qu’une classe d’immersion linguistique destinée aux élèves de langue maternelle finnoise souhaitant suivre une partie de l’enseignement en suédois, ceci leur permettant d’assimiler la seconde langue nationale de la Finlande tout en fréquentant le collège. Quant aux enfants issus de l’immigration, ils peuvent commencer par étudier dans le cadre d’une classe préparatoire du collège, tandis que les élèves handicapés légers disposent d’une classe spécifique leur proposant des exercices et un entraînement adaptés. Toutes ces classes spécialisées accueillent une population d’élèves issus du secteur géographique du collège, mais aussi de l’extérieur du quartier de Meilahti.

« Il est de l’intérêt des élèves qu’ils rencontrent dans leur environnement scolaire des adolescents de tous profils, qu’il s’agisse de camarades issus d’autres cultures ou de jeunes ayant des dispositions différentes », observe Riitta Erkinjuntti. Ces mêmes principes sont au demeurant en application dans l’ensemble des établissements scolaires du pays.

La journée de classe commence le matin au plus tôt à 8h30 pour se terminer à 15h30 au plus tard. Le programme des classes supérieures du collège comprend un nombre important d’heures de mathématiques, de finnois, d’au minimum deux langues étrangères, de sciences de la vie et de matières artistiques. Les élèves bénéficient aussi de deux heures de cours de gymnastique par semaine.

Riitta Erkinjuntti, proviseur du collège de MeilahtiPhoto: Amanda Soila

Un soutien spécifique en cas de difficultés d’apprentissage

L’un des points forts de l’école finlandaise, y compris du point de vue des évaluations internationales, tient dans les mesures en vigueur en Finlande en faveur des enfants et adolescents en difficulté scolaire, ou autres élèves ayant besoin de soutien spécifique. On ne peut pas effectuer sa scolarité en Finlande si on ne sait pas lire et compter, et si on ne maitrise pas convenablement les autres aptitudes générales. Le principe qui vaut en Finlande est que chaque enfant et adolescent a droit à un enseignement de qualité, indépendamment de ses dispositions ou de ses difficultés personnelles.

Les élèves ont droit à un soutien spécifique dès que le besoin s’en fait sentir. La forme habituelle que prend ce soutien consiste à constituer de petits groupes de soutien, à donner un enseignement de soutien individuel à l’élève, ou à soutenir individuellement les participants à un même groupe en fonction des besoins spécifiques de chacun. Des éducateurs spécialisés sont présents dans la plupart des écoles, et des assistants-éducateurs sont à la disposition des élèves dans pratiquement tous les établissements, prêts à agir en soutien de tous ceux qui pourraient en avoir besoin. Si l’on détecte chez un enfant des difficultés d’apprentissage durables et d’une importance particulière, l’école lui établit un projet pédagogique sur mesure. Les enfants touchés par des difficultés d’apprentissage légères et moyennes continuent d’étudier avec leurs autres camarades, étant entendu qu’en ce cas, les établissements concernés se voient allouer des ressources supplémentaires.

Les enfants atteints de lourds handicaps de motricité ou de lourds troubles du développement ou de la perception, de même que tous les enfants souffrant de problèmes de santé physique ou mentale particuliers sont appelés à faire leurs études dans des classes ou des institutions spécialisées, certains d’entre eux étant tenus d’effectuer une scolarité portée à 11 ans.

Les enfants issus de l’immigration bénéficient eux aussi sous différentes formes d’un soutien scolaire particulier. Les enfants d’immigrés ne maîtrisant que faiblement le finnois ou le suédois se voient proposer un apprentissage linguistique en petits groupes, et on les invite à étudier le finnois en adaptant le nombre d’heures de cours à leurs besoins. En outre, les enfants de familles immigrées peuvent bénéficier d’un enseignement dans leur langue maternelle dans les plus grandes villes du pays.

 

Les matières artistiques développent la personnalité

Le collège de Meilahti veille à entretenir l’enthousiasme de ses élèves comme de ses professeurs en leur faisant pratiquer beaucoup d’activités communes notamment avec des institutions artistiques, des clubs de sport ainsi que la paroisse locale. Divers projets de développement permettent aux jeunes de se familiariser par exemple avec les dernières innovations informatiques. Tout ceci fait que le collège de Meilahti a de bons résultats scolaires ; par ailleurs, l’établissement a été tiré au sort une fois pour participer à l’étude PISA.

« Notre système éducatif évite que les établissements d’enseignement se retrouvent en constante compétition entre elles. Ainsi, nous sommes en mesure de nous consacrer à soutenir nos élèves en tenant compte de leur profil individuel bien spécifique », dit Mme Erkinjuntti.

De ce point de vue, les matières artistiques et les travaux pratiques ont une importance particulière : « Les matières favorisant la créativité et l’expression personnelle renforcent le développement d’une personnalité équilibrée. Les adolescents ayant des dispositions peuvent approfondir ces matières dans nos classes spécialisées, la fréquentation de ces classes tendant également à stimuler leur motivation et à aiguiser leur volonté de relever des défis.

Riitta Erkinjuntti considère que la réussite de l’école finlandaise tient dans une large mesure précisément aux valeurs et à la vision de l’Homme que véhicule le système éducatif. Les connaissances et les aptitudes pratiques se développent d’autant mieux que le jeune aura le sentiment d’être accepté et apprécié, et qu’il sentira qu’on lui fait confiance. Quant au harcèlement et aux autres phénomènes susceptibles d’affecter le bien-être de nos élèves, les établissements scolaires ont pour principe de se saisir de ces difficultés sans perdre de temps.

Pour le proviseur, les principales difficultés naissent du rythme de vie bousculé des parents et du mal-être lié à l’entrée dans l’âge adulte. Il est important selon elle que les enfants puissent avoir toute liberté d’être des enfants, alors que la société actuelle ne le favorise pas toujours : très tôt, on exige des enfants qu’ils soient autonomes et qu’ils fassent preuve d’un haut niveau de résistance au stress. Par ailleurs, Mme Erkinjutti cite une autre source de difficultés : la surabondance d’informations.

« Nous vivons dans le monde de l’information illimitée, y compris à l’école. Comment nous y prendrons-nous dans l’avenir pour définir les informations sur lesquelles se concentrer dans le cadre scolaire ? A partir de quel point dirons-nous que les informations dont nous disposons sont suffisantes ? », s’interroge Riitta Erkinjuntti.

Une attention particulière est portée aux relations entre élèves et à la qualité de la vie scolaire.Photo: Ministère de l’education et de la culture/Liisa Takala

 

Une attention portée au bien-être de l’élève

Chaque établissement est doté d’un groupe d’écoute des élèves et d’un service d’infirmerie et de soins médicaux scolaires. La structure d’écoute traduit la volonté du système éducatif d’assumer ses responsabilités quant au bien-être social, psychique et physique des élèves, tout en se gardant une possibilité d’intervenir face à un certain nombre de situations : élèves qui sèchent les cours ou y arrivent en retard, risques de marginalisation de tel ou tel par rapport à ses camarades, cas de toxicomanie ou autres situations de souffrance occasionnées par un contexte familial instable. Dans tous ces cas, l’institution scolaire a non seulement le droit, mais le devoir de clarifier la situation avec les parents et, si le besoin s’en fait sentir, de faire appel aux services sociaux, médicaux ou de protection de l’enfance de la commune.

Les services médicaux scolaires organisent régulièrement des visites médicales et de soins dentaires pour les élèves, en les orientant au besoin vers les services de santé communaux pour tout suivi médical ou examens complémentaires.

Ce que je préfère, c’est une ambiance qui favorise l’activité

Oona Niemelä (au milieu) en plein travail d’impression graphique avec ses camarades.

Oona Niemelä (au milieu) en plein travail d’impression graphique avec ses camarades.
Photo: Amanda Soila

Nous avons suivi Oona Niemelä, élève inscrite en neuvième classe, au cours de sa journée d’études.

La collégienne de 15 ans se réveille le matin peu avant 7 heures, avant de prendre son petit déjeuner en famille ; ensuite, elle se rend à son établissement scolaire situé à une demi-heure de bus de chez elle. Elle est inscrite en neuvième au lycée de Meilahti, selon l’échelle instituée par le système scolaire finlandais, dans une classe où l’enseignement se focalise en particulier sur les beaux-arts.

Oona a demandé à être inscrite au collège de Meilahti précisément en raison de la présence dans cet établissement d’une classe orientée beaux-arts, même si cet établissement ne se trouvait pas dans le voisinage de son domicile.

« Le test d’admission prévoyait que j’exécute un dessin au crayon ainsi qu’une aquarelle. Je n’étais pas bien rassurée, mais j’ai quand même été admise », nous confie Oona, l’air satisfait. Elle trouve que la plus grande qualité du collège de Meilahti tient à son excellente ambiance, laquelle pousse les élèves à être actifs. C’est aussi une école où l’on n’a pas à craindre de se retrouver victime de brimades.

Outre la peinture et le dessin, Oona a pour matières préférées les langues ; elle se dit cependant moins intéressée par la physique et les cours de religion.

« Mes devoirs me prennent en général environ une heure et demie par jour, voire plus dans les périodes précédant les examens. En général, je n’ai pas besoin de me faire aider par mes parents pour mes devoirs. »

Les journées d’étude d’Oona durent de 5 à 7 heures. Le matin et l’après-midi, l’enseignement s’interrompt pour une récréation de 15 minutes, et une pause déjeuner d’une demi-heure a lieu à la mi-journée. Ces moments sont l’occasion pour la jeune fille de passer du temps avec ses camarades, voire de sortir se dégourdir dans la cour lorsque la météo le permet.

Une fois la journée au collège terminée, Oona se dépêche d’aller pratiquer des activités extrascolaires : elle étudie le piano dans un cours de musique et elle fait de l’équitation une fois par semaine. Comme tous les autres adolescents d’Helsinki, elle se déplace indépendamment de ses parents, en empruntant les transports en commun.

Ses soirées sont consacrées aux devoirs et à répéter son piano. Elle passe aussi du temps sur internet, où elle chatte avec ses amis. Elle passe ou reçoit également des coups de téléphone et regarde la télévision. Quant à ses amis, c’est surtout le weekend qu’elle a le temps de les rencontrer.

Le soir, Oona éteint sa lampe de chevet vers 22 heures.

Une fois passée l’étape du collège, Oona a prévu de poursuivre ses études au lycée. Elle a également l’intention d’entamer un cycle d’études en section musicale du Lycée Sibelius.

« Je ne vise pas véritablement une carrière artistique, mais je trouve toutefois agréable d’étudier en profondeur tant la musique que les beaux-arts, ne serait-ce que pour ma culture personnelle », nous indique-t-elle.

Plus d’information

Le système éducatif finlandais

Source: Ministère de l’education et de la culture

Les mêmes objectifs pédagogiques partout en Finlande

Le gouvernement finlandais décide de la répartition des heures d’enseignement entre l’école élémentaire et le lycée ainsi que des objectifs pédagogiques généraux, et c’est sur cette base que la Direction générale de l’enseignement, organisme officiel placé sous l’autorité du ministère finlandais de l’Enseignement et de la Culture, décide des grandes lignes du projet pédagogique national. Les instances chargées de l’organisation de l’enseignement, à savoir principalement les communes, se servent alors de ces orientations pour établir leur propre projet pédagogique ; puis, à leur tour, les établissements scolaires mettent au point leur projet spécifique : ainsi s’assure-t-on que tous les écoliers du pays bénéficient bien d’un enseignement de niveau et de contenu équivalent, même si le système prévoit par ailleurs des aménagements au programme, avec une importance particulière donnée à certaines matières ou ajouts de matières supplémentaires en fonction des besoins locaux.

Les résultats scolaires des élèves de l’école élémentaire font l’objet d’une évaluation au niveau national, sur base d’un échantillonnage aléatoire d’environ 5% de chaque classe d’âge. Les autorités en charge de l’organisation pratique de l’enseignement sont également habilitées à évaluer régulièrement les résultats scolaires.

Quant aux études de niveau lycée, ils s’achèvent par un examen de baccalauréat reconnu au plan national, dont les résultats sont évalués par la Commission nationale d’examen du baccalauréat.

Photo: Amanda Soila

Le système scolaire prévoit la gratuité du déjeuner pour tous

par Minna Kantén

Tout enfant ou adolescent, qu’il soit inscrit dans un jardin d’enfants, une école élémentaire ou secondaire ou un établissement d’enseignement professionnel, se voit servir quotidiennement un déjeuner chaud et aux bonnes qualités nutritionnelles comprenant notamment de la salade, du lait et du pain.

Le principe du déjeuner gratuit est énoncé dans le cahier des charges de l’enseignement national ; l’idée est qu’une pause déjeuner défatigue les enfants et les aide à faire face à la charge de travail du reste de la journée. Ce repas leur inculque aussi des notions en matière de santé, nutrition et traditions culinaires.

Dans certains établissements en pointe sur le plan écologique, les élèves s’initient à la notion d’alimentation choisie en fonction des nécessités de préservation de la planète et du climat, en se voyant proposer des plats végétariens et biologiques.

Voici quelques plats préférés des enfants

  • Lasagne
  • Terrine de viande hachée et macaronis
  • Crêpes aux épinards
  • Boulettes de viande
  • Sauce à la viande hachée
  • Bâtonnets de poisson
  • Terrine de viande et de pommes de terre
  • porridge

 

Photo: Amanda Soila

Par Salla Korpela, Mai 2012