Les non-chrétiens de Finlande et Noël

Que représente Noël pour les non-chrétiens qui vivent en Finlande ? Tout un chacun a la possibilité d’y participer, même si personne ne vous jugera mal si vous décidez de ne pas faire la fête ce jour-là.

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Noël revêt des significations différentes selon la culture dont on est issu : c’est dire que décider que Noël ne vous concerne pas ne vous fera jamais passer en Finlande pour un vieux schnock grincheux. D’un autre côté, toute personne – même non-chrétienne – a toujours la possibilité de se joindre aux réjouissances auxquelles donne lieu le Noël finlandais.

Il est impossible de passer à côté de Noël si l’on vit en Finlande. Chaque année, les premières cartes de vœux et premiers ballotins de chocolat emballés dans leur papier cadeau font leur apparition un ou deux jours plus tôt, tandis que les petites fêtes appelées pikkujoulut réunissant collègues ou amis autour d’un bon repas un certain temps avant la fin de l’année tendent à s’organiser toujours un peu plus en amont de la période des fêtes proprement dite. Puis à l’approche de Noël, nombreux sont les Finlandais qui choisissent de hausser les épaules devant leur compte en banque frôlant déjà le rouge : après tout, ce serait être le dernier des radins que de ne pas consacrer des sommes rondelettes à son budget réveillon ainsi qu’à ses cadeaux de Noël.

C’est en tout cas ainsi que raisonnent la plupart des Finlandais. Ce phénomène ne doit toutefois pas occulter le fait que bon nombre de personnes vivant en Finlande font quant à elles le choix de ne pas participer aux fêtes de Noël : c’est par exemple le cas des 40.000 musulmans résidant d’après les estimations en Finlande. Parmi ceux-ci, on compte une importante proportion de musulmans d’origine tatar qui sont arrivés dans le pays à l’époque où la Finlande était encore un grand-duché rattaché à l’Empire russe, les autres musulmans du pays, arrivés plus récemment, étant pour leur part originaires du Kosovo, de Bosnie, de Somalie et d’un certain nombre d’autres États.

« Noël n’est pas une fête reconnue par l’Islam, ce qui explique que les musulmans passent la période correspondant aux célébrations de Noël à se détendre et à essayer d’être en famille, comme c’est d’ailleurs le cas de la plupart des Finlandais de souche, même si certains musulmans travaillent à Noël », nous dit Anas Hajjar, président du Conseil islamique de Finlande. « Étant donné que les musulmans n’associent pas les naissances à des fêtes religieuses, Noël ne donne pas lieu de leur part à des célébrations particulières, même si la communauté musulmane respecte le fait que le 25 décembre commémore la venue au monde d’un grand prophète. »

Les différences ne sont pas un problème

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Lors de la construction en 1991 du Radisson Hotel dans le quartier de Kamppi à Helsinki, il fut prévu que la Synagogue d’Helsinki, érigée en 1906, resterait un élément bien visible du quartier.Photo: Peter Marten

« Noël, qui marque la naissance du Christ, pourrait presque se voir comme le jour où le judaïsme a donné un rameau qui est devenu le christianisme », dit Dan Kantor, administrateur délégué de la Communauté juive d’Helsinki. La plupart des 1.500 juifs finlandais vivent à Helsinki et dans sa périphérie et ont pour point de ralliement religieux et social la synagogue du quartier de Kamppi et son centre communautaire attenant.

« Je me souviens de ce que je ressentais petit garçon quand je voyais par la fenêtre des Pères Noël courir dans tous les sens pour aller d’une maison de mon quartier à une autre », nous raconte Kantor. « À l’âge que j’avais alors, je crois que j’avais tendance à me dire que nous, juifs, ne faisions pas vraiment tout à fait partie du gros de la population finlandaise. Cela dit, nous célébrons nous aussi certaines de nos fêtes religieuses à peu près au moment de Noël. Évidemment, le sentiment de sa différence est quelque peu plus marqué chez tout juif au moment des fêtes chrétiennes de fin d’année, c’est inévitable. Mais ce n’est pas un problème du fait que nous sommes fortement enracinés dans notre identité. »

Forte d’une symbolique de lumière, la fête juive de Hanoucca coïncide plus ou moins avec les célébrations chrétiennes de fin d’année tout en donnant lieu elle aussi à une distribution de cadeaux aux enfants. « Dans la plupart des foyers juifs, Noël n’intervient d’aucune façon », note Kantor, « même si aujourd’hui, la plupart des mariages impliquant un membre de notre communauté sont des unions mixtes, et que c’est là que Noël entre en scène. »

La victoire de la lumière sur l’obscurité

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Même si les courses de Noël ne concernent pas tout le monde, chacun, indépendamment de ses convictions, peut se laisser séduire par les illuminations de Noël et se retrouver dans cette sorte d’espace commun aux contours imparfaitement définis où culture et religion se recoupent. Photo: Mikko Stig/Lehtikuva

Il existe également en Finlande d’autres personnes qui, tout en ne se reconnaissant pas chrétiennes, n’en participent pas moins aux célébrations de Noël à cette différence près par rapport à la majorité de leurs compatriotes que le respect de la religion en tant que telle n’entre pas dans leurs considérations. « Avec ma femme, nous sommes athées depuis nos premières années d’adolescence, mais si vous venez nous voir chez nous au moment des fêtes de fin d’année, vous seriez incapable de remarquer la moindre différence entre nous et les autres Finlandais », nous déclare Jaakko Wallenius, rédacteur du blog Being Human. « Même en n’ayant que des connaissances historiques rudimentaires, chacun sait parfaitement que la fête de Noël n’a vraiment rien à voir avec les croyances du christianisme. Noël, ou Yule de son nom ancien – un mot qui n’est d’ailleurs pas sans évoquer le mot finnois correspondant, à savoir joulu – était déjà un grand événement chez les peuples païens germaniques bien avant leur conversion au christianisme. »

« La fonction principale de Noël est de solenniser les liens familiaux et de nous donner l’occasion de mettre nos activités habituelles en suspens », poursuit Wallenius. « Grâce à cette parenthèse, chacun a la possibilité de trouver du temps pour sa quête de paix intérieure et d’harmonie, puisqu’il se retrouve pour une fois sans emploi du temps contraignant ni obligations d’aller ici ou là. Beaucoup de gens commettent une erreur de jugement en s’imaginant que cette recherche personnelle a un rapport avec telle ou telle religion, alors qu’on n’a aucunement besoin de la religion pour atteindre l’état d’apaisement que je viens d’évoquer. »

« Cette fête a toujours été une célébration de la victoire de la lumière sur l’obscurité, même si une partie de la population juge bon de fêter par la même occasion la naissance du fondateur de sa religion. Nous n’avons aucune raison d’abandonner ces traditions très anciennes que l’Église n’a eu de cesse pendant des siècles d’essayer de détourner pour les faire siennes. »

On trouve donc en Finlande au moins une communauté de non-chrétiens qui non seulement ne se prive pas de gâteau de Noël… mais qui en mange même avec appétit.

Par Tim Bird

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