Le pays agricole le plus septentrional

Aucune région du monde ne cultive la terre sous des latitudes plus septentrionales.

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Aucune région du monde ne cultive la terre sous des latitudes plus septentrionales. La brièveté de l’été et la longueur de l’hiver, source de défis multiples pour la culture des végétaux comme pour l’élevage, valaient autrefois aux Finlandais de manquer de nourriture durant la saison froide. Ils offrent aujourd’hui à l’agriculture des moyens pour réduire ses coûts, mais apportent surtout des solutions créatives et des produits de qualité.

En Finlande, la saison végétative est de courte durée. L’ensemble du cycle végétal doit se dérouler en une période réduite de deux mois par rapport aux contrées plus chaudes du Sud. Un délai de quelques semaines doit suffire aux récoltes d’automne – avant que l’hiver ne s’installe.

La luminosité intense des longues journées d’été, la chaleur du Gulf Stream et la sélection des variétés locales rendent possible une culture à rythme accéléré. Le rayonnement solaire dont bénéficie la Finlande au cours de la saison de pousse est globalement plus important qu’en Europe centrale. La croissance des plantes est en outre favorisée par la rareté des épisodes de sécheresse ou de chaleur excessive, et l’eau ne vient jamais à manquer lorsqu’il s’agit d’irriguer. Par ailleurs, les gelées hivernales détruisent certains parasites et ralentissent la croissance de nombreuses espèces végétales indésirables.

La particularité de la saison végétative finlandaise réside dans l’importance des écarts thermiques entre le jour et la nuit, qui ont pour effet de préserver la saveur des plantes aromatiques et la valeur nutritive des baies.

Aucune région du monde ne cultive la terre sous des latitudes plus septentrionales.

Aucune région du monde ne cultive la terre sous des latitudes plus septentrionales.Photo: Visit Finland

Si les terres arables comme les forêts se reposent durant l’hiver, la production agricole se poursuit sous serre tout au long de l’année. Ces installations consomment de l’électricité pendant les périodes les plus froides et sombres, mais des efforts importants ont permis de réduire la facture énergétique. Ainsi la culture des concombres nécessite-t-elle trois fois moins d’énergie que ce n’était le cas il y a quelques décennies, alors même que le volume des récoltes a triplé. Le rendement atteint est de 180 kilos de concombres par mètre carré sous serre, chiffre qui frôle le record mondial. En outre, la culture sous serre ne recourt pas aux pesticides artificiels.

Quant au bétail, il passe en général l’hiver à l’abri dans des étables chauffées. Néanmoins, dans les exploitations biologiques notamment, certains animaux peuvent séjourner à l’extérieur durant des périodes définies, même par températures négatives. Le niveau de savoir-faire élevé en matière d’hygiène et de nutrition animales a permis aux éleveurs finlandais d’atteindre une qualité de production parmi les meilleures au monde, tant pour la viande que le lait ou les œufs.

Le réchauffement climatique est l’un des défis majeurs que nous réserve l’avenir. Favorisera-t-il l’agriculture, ou lui nuira-t-il ? Nul ne saurait encore le prédire. Si l’allongement de l’été peut permettre d’obtenir des récoltes plus importantes et de cultiver de nouvelles variétés, le radoucissement de l’hiver pourrait être favorable aux parasites et aux mauvaises herbes. Quoi qu’il en soit de ces conditions futures, l’agriculture finlandaise sait s’adapter de longue date aux conséquences des aléas climatiques.

Nombreux sont les propriétaires de maisons individuelles qui pratiquent l’art du potager. Mais les citadins, eux aussi, ont la possibilité de faire pousser ce qu’ils mettent dans leurs assiettes, beaucoup de communes mettant à disposition des terrains cultivables ou des lots plantés de petits chalets d’été. La demande en la matière reste cependant supérieure à l’offre.
Lorsqu’il s’agit de développer la culture sous serre, les Finlandais font preuve d’inventivité. Dans l’avenir, l’éco-efficacité ne manquera pas de jouer un rôle croissant, tandis que la culture urbaine des fruits et légumes rapprochera la production des consommateurs citadins. La serre du futur pourrait même devenir une source d’énergie à l’échelle locale, tandis que l’excédent de chaleur produit par les habitations environnantes sera utilisé pour alimenter les serres.
Dans la Finlande de jadis, le poisson et le gibier capturés sur place étaient les moyens de survie de la population pendant l’hiver, ainsi que les conserves de végétaux récoltés au cours de l’été. S’ils le souhaitaient, les Finlandais seraient encore tout à fait en mesure de traverser l’année sans recours aux produits alimentaires importés, que ce soit du point de vue nutritionnel ou gustatif.

Par SRE, juin 2011